• Emilie Olive

Que je peux être bête.

Acte II : Au Mandapa.


Peut-être que si je place mes mains ainsi sur mes yeux, la terre arrêtera sa course effrénée. Peut-être même que l'occasion de respirer s'ouvrira à moi ? Parce que, je me souviens pas de la dernière fois où je me suis arrêtée, les yeux tirés vers le ciel, gonflant mes poumons au point d'avoir l'impression de m'asphyxier de ce trop plein d'air frais. Alors, peut-être qu'avec mes deux mains posées sur mes deux yeux, couvrant la quasi totalité de mon visage, je pourrais figer le temps. Suis-je de ces êtres humains qui, lorsqu'ils sont à bout, développent un super pouvoir ? Un sixième sens leur permettant de survivre ? Que je peux être bête. Toute ma vie j'ai couru, persuadée que la société me l'imposait, convaincue qu'une pause me serait fatale, à moi, et à ma famille. En réalité, on ne m'a pas privé de ma liberté de vivre, j'avais le droit de dire "non", "stop", mais par peur, j'ai continué. Eux ils surfent juste sur la vague de notre stupidité. Pourquoi ne pas profiter des efforts d'une personne qui s'acharne d'elle-même à faire toujours plus ? Pourquoi ne pas en demander davantage s'il n'y a pas de limites imposées ? Peut-être qu'en me privant de la vue, la peur ne me tétanisera plus ? Étrange de constater qu'il faudrait finalement m'ôter un sens pour retrouver le goût savoureux de ma vie.

©Photo et texte par Emilie Olive


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