• Emilie Olive

Je suis prêt, je n'ai rien à perdre.

Acte II : Au Mandapa.


Mes mains bien agrippées à mon épée, je m'avance vers le combat le plus violent et destructeur de mon existence. Mais je suis prêt, je n'ai rien à perdre. À tous ceux qui pensent, dur comme fer, que leur propre vie a plus de valeur qu'une autre, cessez immédiatement de vous fourvoyer. Rien est plus incertain et fragile qu'une vie humaine. Quelque soit votre petit pouvoir dans la société, soyez sûrs que face au monde, vous n'êtes rien. Mon épée aux creux de mes mains, je suis fatigué de vous entendre crier, du bruit assommant de votre insignifiance, de votre lutte pour essayer d'être quelqu'un. Devant moi se dresse une foule ignorante, mais ils parlent, ils commentent, ils jugent, ils crachent, ils beuglent, ils mentent, ils gonflent la poitrine, font tourner leur épée à une main. J'ai pitié d'eux, qui luttent pour le petit jeu des grands puissants, en imaginant apporter leur contribution pour rebâtir le monde d'après. M'avançant vers le point de non retour de cette guerre, je m'amuse à imaginer ces faux dieux, bien installés sur leur trône, déféquant leurs liasses de billets tachetés de sang. Le mien, le votre. Et je vous regarde imaginer que grâce à votre sacrifice, le monde brillera demain ... Folie. Mais je suis parmi vous, dans cette grande et dernière mêlée. Je ne parle pas comme vous, mais je pense. Et je suis là, comme vous autres que j'exècre. Je m'attèle à ce que je hais, sans rien dire. Me voilà aussi lâche que vous. Mais je suis bien heureux, car c'est la dernière fois. Puisque nous n'avons aucune valeur, finissons-en aujourd'hui. Et demain les petits chefs mourront dans leur lit. Nous terminerons tous notre parcours au même endroit, clamant enfin notre ressemblance, dans un trou de mort.


©Photos et texte par Emilie Olive

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