• Emilie Olive

Chaque matin où mes yeux s'ouvrent encore sur ce monde...

Acte I : Au Mandapa.


Chaque matin où mes yeux s'ouvrent encore sur ce monde, je me sens propulsée à toute vitesse sur l'autoroute sinueuse de mon existence. Les minutes s'écoulent sans que je ne bouge. Le paysage défile dans une sensation d'engourdissement, mes jambes ne répondent plus, tétanisées par la vie qui m'échappe. Quand vais-je trouver la force de soulever mon talon, d'écraser mon métatarse, et propulser l'ensemble de mon corps lourd par la simple impulsion de mes phalanges ? Pourquoi ce geste naturel me demande tant d'efforts, tant d'écharnement ? Je les vois tous circuler, voler presque, à toute allure, et je ne peux que les admirer moi qui reste figée. Enracinée, écorchée, rongée, creuse, difforme, à l'image de ce vieil arbre qu'ils vont s'empresser de tronçonner demain. Alors, comme lui, je pourrais me reposer, allongée sur l'herbe fraîche de la rosée s'écoulant sur mon visage apaisé. Le temps s'arrêterait petit à petit, sentant la venue du silence au bout de mon dernier souffle. Plus personne pour graviter autour de moi, seulement la grande étendue bleu tachetée de morceaux de cotons blancs, comme ultime éblouissement. Comme il est doux de s'étendre et d'échapper à l'idée de devoir relancer les rouages de la respiration. Ce sera l'expiration la plus longue, la plus douloureuse, la plus salvatrice de mon court passage sur terre.

©Photo et texte par Emilie Olive

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