• Emilie Olive

8 mars 2021

Acte II : Au Mandapa, après le 8 mars 2021.


Dis-moi, quelle est la différence entre la déclaration universelle des droits de l'Homme et du citoyen, et la journée internationale des droits des femmes ? Pourquoi sont-ils encore aujourd'hui à ce point dissociés ? Pourquoi y a-t-il, d'un côté les droits de l'Homme et du citoyen, et de l'autre les droits des femmes ? Pourquoi l'un représente l'universalité, et l'autre une seule journée ? Très tôt, on nous apprend que l'homme représente le sexe masculin, que la femme représente le sexe féminin, et que "Homme", avec un grand H majuscule, représente l'Être Humain. Pourquoi un tel choix ? Quand nous entendons "homme" ou "Homme" nous pensons "homme", il faudrait pouvoir l'écrire à chaque fois pour différencier les deux H. Il existe pourtant un autre mot avec un H qui pourrait nous mettre d'accord : Humains. Beaucoup diront que c'est inutile, que je joue sur les mots, que cela n'a aucune importance. À cela, je réponds que ne pas accorder d'importance aux mots, c'est accepter tous les maux. Un mauvais mot placé au mauvais endroit, peut blesser et détruire, c'est ainsi dans tous nos rapports, que ce soit en famille, en amitié, ou en amour. Une erreur est acceptable si nous faisons tous les efforts du monde pour la réparer, mais laisser la faute s'installer, se complaire dedans, penser que c'est pas si grave, puis jouer aux flemmards, finalement dire qu'on s'en occupera demain... Ça, c'est un crime. Un crime qui a tué et qui tue encore chaque jour de nombreux humains. Je parle de ces êtres dont on a caché le sexe pendant des siècles, sauf pour en abuser. Dans cette société, où nous luttons pour les droits des animaux, pour l'identité propre de chacun, pour ce que nous devrions manger ou non, pour se nourrir et boire tout court, pour aimer qui nous voulons, pour travailler décemment, mais aussi jouir de la vie car nous en avons qu'une, il y a encore la moitié de l'humanité qui se bat, pour avoir le droit d'exister dès la naissance, telle quelle est. Toute petite, je ne faisais pas la différence entre les genres, on était tous des gens, des humains, et puis c'est tout. Aujourd'hui encore, nous sommes tous semblables à mes yeux. Mes parents ne m'ont pas appris à me méfier des hommes ou des femmes, mais à faire attention aux fous, aux tyrans, aux pervers, aux profondément méchants et malveillants. Il ne faut pas regarder et juger un humain pour ce qu'il est intrinsèquement, mais plutôt de part son comportement. C'est pour cela qu'il existe des lois, des devoirs, et des droits, valables pour tous les humains. Dis-moi, qu'est-ce que je fais de mal dans mon comportement pour ne pas avoir les mêmes droits que toi encore aujourd'hui ? Pourquoi mes droits sont remis en questions aussi souvent ? Pourquoi n'est-ce pas gravé aussi profond dans nos chairs et nos mentalités pour que je n'ai plus à écrire, à crier, à pleurer, plus à prouver constamment ? Faudra-t-il encore cent ans pour que tous les humains comprennent que si l'on foule cette terre tous ensemble, c'est parce qu'on se complète ? Les êtres qui croisent ma route depuis le premier jour ont tous agi sur ma vie. Sur cette même voie j'ai eu la malchance de tomber sur des fous et des folles, ce n'est pas pour autant que je ressens une haine contre le monde entier, ou contre un genre en particulier. Je n'accepte pas de céder à la peur et de croire que tous les hommes sont des brutes, des manipulateurs, des violeurs dans l'âme, des bourreaux, ou des sanguinaires. Non, j'en ai rencontré tellement de sensibles, d'intelligents, de bienveillants, tellement qui prouvent leur amour pour ce qui est vivant, pour leur mère, leur soeur, leur frère... Mais oui, il y a des fous, des déviants en liberté, et l'on perdrait moins de temps à redresser, soigner, ou enfermer ces gens là, plutôt que de s'acharner sur les différents genres, qui ne prédéfinissent en rien les comportements des humains qui les possèdent. 8 mars, une date symbolique pour marquer au fer rouge l'existence d'un combat qui ne devrait plus avoir lieu. Et si toi, qui est en train de me lire, tu es un humain, questionne ta conscience et demande lui s'il y a une forme de normalité au fait que Clara Zetkin ait dû proposer d'organiser cette date, malgré la déclaration universelle écrite bien avant cela. Regarde-moi dans les yeux, ose plonger en eux, et dis-moi si je ne suis pas au moins aussi humaine que toi ?


© Photo et texte par Emilie Olive

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